Édito
 
 

 Bifurcation?

Il y a un mois, lors de la cérémonie de remise des diplômes 2022, huit étudiants d’AgroParisTech ont pris la parole fustigeant la formation qu’ils avaient reçue à l’école et appelant à bifurquer ; reprenant ainsi le concept de « bifurcation écologique » formalisé par le parti LFI (La France Insoumise) dans une proposition de loi déposée à l’Assemblée Nationale en mai 2020.
La vidéo diffusée sur YouTube qui affiche à ce jour près de 900 000 vues a suscité diverses réactions, certaines regrettant qu’un appel à réformer le système de l’intérieur des entreprises ait été écarté par ces étudiants.
L’injonction de l’un d’entre eux :« Désertons avant d’être coincés par des obligations financières » (celles des multiples crédits potentiellement contractés pour répondre aux injonctions du modèle de réussite sociale induit par la société de consommation) ainsi que les exemples de bifurcation proposés par ces huit étudiants pouvant être entendus comme un choix de se retirer du monde plutôt que d’en affronter les défis.
Dans ce nouveau numéro de la News des Mines, nous bifurquons à notre façon :
  - Bifurcation « douce » celle qu’a opérée Emmanuelle Geoffroy (N93) quittant, après 15 ans passés dans l’industrie, sa carrière d’ingénieure pour devenir influenceuse culinaire.
  - Bifurcation énergétique en poursuivant, tant que vous l’alimenterez, notre forum « L’énergie c’est compliqué ».
Bonne lecture,
 Sommaire :
 
  • Emmanuelle Geoffroy (N93), Influenceuse culinaire : un métier d’ingénieur ? Pourquoi pas, avec Emmanuelle Geoffroy
  • Jean-Pierre Robin (N68), Forum: L’énergie c’est compliqué 
  • Jean-Frédéric Collet (N68), Billet d’ici ou là
  • Patrick Pissavin (N81), sortie de son nouveau livre « Gödel et Hilbert », un ouvrage de philosophie des mathématiques.
 
Pour mémoire les opinions exprimées dans la News des Mines n’engagent que leurs auteurs.
 
 
 
 
 
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INTERVIEWS & LIBRES PROPOS
 
Influenceuse culinaire : un métier d’ingénieur ? Pourquoi pas, avec Emmanuelle Geoffroy
 

Interview de Corinne Cuisinier (P80)


Emmanuelle, tu as fait les mines de Nancy (93), peux-tu nous parler de ton parcours à la sortie de l’école ?

 A la sortie, je suis partie 18 mois à Pékin. Ce fut une période riche et formatrice. J’avais une image d’Épinal de la Chine. A l’époque il y avait encore peu d’étrangers en Chine, mais j’y ai trouvé un pays fascinant, qui peut parfois faire peur mais avec une culture incroyablement riche, un art culinaire remarquablement développé. Les Chinois aussi sont fascinants quand on arrive à communiquer avec eux. J’ai tellement apprécié cette expérience que pendant des années je suis retournée au moins une fois par an là-bas, que ce soit sur le plan professionnel ou pour des vacances.

 Sur place, entre petits boulots et visites culturelles, j’ai surtout voulu découvrir la culture chinoise, les Chinois eux-mêmes et la langue.

 Au retour de Chine je suis entrée à la SAGEM comme acheteuse, spécialisée sur la recherche de fournisseurs en Asie. C’était une période de forte croissance, où on se battait contre les Alcatel, Motorola ou autres. Cela m’a donné l’occasion de visiter presque tous les pays d’Asie Pacifique. J’y ai beaucoup appris sur le plan juridique, commercial ou technique.

 Ensuite, j’ai fait un passage dans des PME, mais je me suis rendu compte que cela ne me convenait pas, je préférais la diversité et l’envergure que propose une grande entreprise. Je suis alors entrée chez Essilor, en tant que responsable des achats des composants des meuleuses qui servent à tailler les verres ophtalmiques chez les opticiens ainsi que des besoins hors production.

Belle expérience industrielle, qu’est-ce qui t’a fait quitter ce secteur ?

 Après 15 ans dans l’industrie, j’avais envie de faire autre chose que des achats. J’ai créé une entreprise de cachemires haut de gamme. Mais le secteur de la mode est compliqué, et j’ai arrêté au bout de 3 ans. En 2011, à la suite de la crise, les problèmes de trésorerie étaient trop importants pour pouvoir poursuivre l’aventure. Expérience difficile, mais très formatrice !

 Qu’as-tu fait ensuite ?

 A Paris avec 3 enfants qui grandissaient, la vie devenait compliquée. C’est à ce moment que mon mari a eu une opportunité à Blois, nous sommes donc partis en province. Là je me suis demandé ce que j’avais vraiment envie de faire, et me suis remise à la cuisine qui a toujours était mon passe-temps. J’ai démarré un blog avec à l’esprit l’idée d’en faire un moyen de gagner ma vie, mais au départ sans bien savoir comment.

Pierre par pierre, j’ai créé une communauté d’abonnés autour de mes recettes. J’ai également démarré une activité de cheffe à domicile pour une clientèle locale.

 Comment passe-t-on d’un blog à influenceuse culinaire ?

 Mettant naturellement des produits de telle ou telle marque en avant dans mes publications, des marques ont commencé à me contacter, d’autant que je commençais à avoir un réseau bien développé. J’ai appris à mettre en avant les produits ou les ustensiles utilisés, à écrire en donnant envie. J’ai aussi appris la photo pour illustrer mes recettes.

Je suis donc prestataire de service pour des sociétés auxquelles je fournis des contenus sur mesure. Je facture en fonction du temps passé, mais aussi de la taille de ma communauté d’abonnés.

Je fais en sorte de toujours être authentique, en me réinventant en permanence. Un challenge qui fait partie de l’intérêt du métier.

 

Tu as écrit un livre de recettes à vocation pédagogique : pourquoi ?

 En fait mon éditeur m’a contactée en septembre 2020, faisant le constat qu’à travers les confinements les parents cherchaient des moyens d’intéresser les enfants à la cuisine. Cela représente un an de travail, mais j’ai cherché à concevoir un outil pédagogique qui fasse travailler des qualités différentes, et j’explique pour chaque recette son intérêt spécifique, par exemple :

-Suivre une recette bout en bout en restant concentré dessus

-Découvrir des saveurs saisonnières, des produits locaux

-Améliorer la motricité fine par l’utilisation de certains ustensiles…

 Et maintenant comment vois-tu ton avenir ?

 J’ai plein de projets en tête, d’autant que j’ai une offre globale, du sucré au salé, des produits de saison, des recettes régionales, les saveurs venues d’ailleurs… Je démarre une collaboration avec une start-up australienne qui développe une application dans le domaine culinaire ; je propose aussi des contenus exclusifs et des vidéos pour des clients.

 Bravo et merci Emmanuelle ; tu nous fais découvrir un métier passionnant et varié.

 Emmanuelle Geoffroy (N93)

 

Pour ceux qui veulent en savoir plus, vous pouvez consulter :

Le livre : « 80 recettes simples et sans gaspi à faire en famille »,...


 
 
Forum: l'énergie c'est compliqué
 


Les questions liées à l'énergie seront centrales dans les années qui viennent. 
Le sujet est complexe et a trop souvent donné lieu à des prises de position expéditives ou réductrices, dans un sens comme dans   communauté des Mineurs il y a sûrement des compétences en la matière, ou alors c'est à désespérer de nos filières d'excellence :-). Vos contributions à ce forum lancé en janvier, nous encouragent à le poursuivre. Sa pérennité ne tiendra qu’à vous.

Voici la contribution de Jean-Pierre Robin (N68)

J'ai lu avec intérêt l'excellent article produit par Jacques Batail. Je me permets d'ajouter quelques compléments et questions destinés à prolonger le débat et peut-être l'intérêt des lecteurs.

En ce qui concerne les prix de l'électricité, je ne me lancerai pas dans un débat qui pourrait rapidement devenir abscons. Je voudrais juste rappeler la différence entre prix et coûts. Les prix sont définis par des règles de marché au niveau de l'Europe pour les échanges d'énergie entre opérateurs et par des dispositions réglementaires pour les contrats de fourniture vers les particuliers et les industriels. Les prix d'échange s'établissent sur le coût marginal de l'énergie produite sur la dernière centrale appelée sur le réseau qui est en général une unité de production à gaz. Les dispositions réglementaires qui régissent les prix vers les consommateurs comportent une part des prix sur les marchés d'échange entre opérateurs. Ces règles ne sont pas strictement liées aux coûts du mix énergétique de production, en particulier en France. Ces règles sur les prix peuvent être changées, et les gouvernements ne s'en privent pas quand elles conduisent à des conséquences insupportables socialement. Le mix énergétique de production d'EDF protège la France d'effets trop sévères sur les coûts, mais les règles protègent aussi les opérateurs alternatifs, dont la plupart sont des opérateurs de marché sans moyens de production, qui sont donc obligés de s'approvisionner sur les marchés sauf pour la part que l’État a imposé à EDF de céder à un prix de cession particulièrement bas (42...


 
 
Billet d' ici, mai 2022
 

Relâche. Interdit de travailler le 1er mai. Interdit ? Les chaînes de télé vont nous arroser 24h/24 comme n’importe quel autre jour. Autrefois, passée une certaine heure, les programmes s’arrêtaient et on avait droit à une image fixe en noir et blanc, vague assemblage de figures géométriques : la mire. Un peu de sevrage, une journée par an, ne pourrait pas faire de mal. Qu’en pense-t-on au ministère de la culture ? Rien, certainement.

***

 « Mais d’abord… » est devenu le mantra des journalistes de l’audiovisuel. Exemple. « Au cours de ce JT il sera question de la guerre en Ukraine, de la canicule qui sévit en Inde, de la lutte contre les cartels de la drogue en Colombie… Mais d’abord l’histoire incroyable de ce septuagénaire qui n’avait jamais joué au loto de sa vie et qui va empocher un chèque de 32,67 euros. Tout de suite, notre reportage à Villedieu-les-Poêles...’

***

Soulagement provisoire : Poutine n’a pas tout fait péter en ce 9 mai qui est un jour particulier pour les Russes. Dont acte – ou plutôt, dont absence d’acte. C’est là qu’on s’aperçoit que goût du pouvoir et ego démesuré ne sont pas exactement la même chose. Si chez Poutine c’est le goût du pouvoir qui l’emporte, il fera durer, à petit feu ; si c’est l’ego délirant, il peut s’offrir et nous offrir le feu d’artifice final, à tout moment...

***

Burkini à la piscine, pour ou contre, voilà le débat du moment. Quand la polémique sera retombée, on peut prévoir un déplacement du front vers des sujets voisins, les menus à la cantine, la bolognaise avec ou sans viande dans les pâtes. Burkini/Buitoni, même combat !

***

 17 mai 2022 : Journée internationale des luttes contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Diable ! Tous ces chatoyants néologismes, c’est du boulot en vue pour l’Académie française. Cela tombe bien, ça fait des années qu’ils luttent en vain contre l’envahissement de la langue française par les anglicismes, ils vont pouvoir changer leur fusil d’épaule et s’occuper de ces néo-hellénismes que certains voudraient voir résumer l’évolution de la société.

***

 Le tout électrique pour les voitures on ne le sent pas trop. Cela fait des véhicules plus lourds, nécessite des infrastructures de charge, laisse entière la question des sources d’énergie primaires, et fait appel pour les batteries à des métaux rares aux conditions d’approvisionnement douteuses. Ce qui fait tout de même beaucoup de bémols. Bref, sans mauvais jeu de mots, c’est une usine à gaz.

***

 Avec le beau temps et la levée des restrictions sanitaires le tourisme a repris très fort dans les villes françaises. Avant même qu’il/elle n’ait adressé la parole à qui que ce soit, on reconnaît le touriste anglo-saxon à ce qu’il arbore, presque aussi ostensiblement qu’un vulgaire smartphone, un gobelet en carton rempli d’un liquide supposé être du café.

Jean-Frédéric Collet (N68)



 

 
 
 
 
Ils Nous ont demandé d'en parler
 
 

Bonjour,

Voici la couverture d'un ouvrage de philosophie des mathématiques publié en fin d'année dernière et dont je suis l'auteur.

Je précise qu'il s'agit d'un ouvrage à caractère universitaire*, qui n'est donc pas destiné au grand public mais aux spécialistes du sujet concerné. Je pense toutefois qu'au-delà de sa technicité indubitable, il est susceptible d'intéresser la frange des mineurs qui s'intéresse aux grandes idées, ici les impacts philosophiques des théorèmes de Gödel de 1931, qui amènent à des questions sur les limites de la pratique mathématique (et informatique) elle-même.

 Cordialement,

 Patrice Pissavin (N81)

 (*) C'est la version publiée d’une thèse de philosophie des mathématiques soutenue à la Sorbonne il y a deux ans.

 

 

 
 
 
 
Agenda
Jeudi 09 juin
Webinar Carrières * Mieux adapter sa communication à celle des autres
 

Améliorer votre communication, notamment dans des contextes de recrutement, de management ou plus...


 
 
 
 
La boite à mails
 
 

Bonjour, 

Je reçois régulièrement la News des mines et je vous en remercie.

Je ne partage pas toujours les opinions qui y sont exprimées et c'est normal, la liberté d'expression doit rester inaliénable.

En revanche, l'utilisation de la langue française ne doit pas permettre toutes les libertés. C'est pourquoi je souhaiterais que l'écriture inclusive ne figure pas dans cette publication qui, d'une certaine façon, représente tous les mineurs et je n'apprécie pas d'être associé à la dégradation de ma langue maternelle. Je pourrais développer de nombreux arguments pour soutenir ma position mais je préfère vous suggérer la lecture de la lettre ouverte de l'académie française sur l'écriture inclusive qui dit les choses bien mieux que je ne pourrais le faire : https://www.academie-francaise.fr/actualites/lettre-ouverte-sur-lecriture-inclusive.

J'espère que vous partagerez mon souci de défendre notre belle langue. Il est déjà assez difficile de l'écrire sans faute, ne l'abîmons pas volontairement.

Bien cordialement

  C. Garde (N87)

***

 Bonjour à tous. Que de sujets à traiter dans cette niouze ! Il me faudrait des pages ...Alors je me contenterai de quelques lignes, histoire de rester frustré et de vous paraître insuffisant. 

Je vais commencer par la question du genre, des genres.

 1). La question du genre. Encore cette question ! Elle même divisible en plusieurs éléments.

En premier lieu, je me réjouis qu'il existe des groupes tels que Womines et CoMines Out, qui permettent de se pencher sur la place des femmes dans notre monde encore trop patriarcal, et sur la visibilité et les droits des "LGBT", acronyme commode mais peu satisfaisant. Justement, à ce sujet, j'ai tendance à rejeter la notion de "communauté LGBT", qui sous-entend une, séparation ; on va totalement à l'encontre du but recherché, qui est que ces personnes soient part entière de notre humanité, sans répression, sans mépris, sans rejet, avec la totalité des mêmes droits. La notion de communauté est une hérésie dans ce combat.

2). L'autre affaire genrée est celle de l'écriture inclusive. Je souscris totalement à l'article de blogue donné en lien par Maëlle pour ce qui est de la féminisation des métiers (et en particulier ceux que l'on se plaît à considérer comme prestigieux), et pour la dénonciation des règles de grammaire imposées depuis le 17ème siècle. J'aime bien, dans les accords, les règles de proximité, de sens et de nombre, j'aime surtout l'idée de liberté laissée à l'écriture, chacun pouvant accorder comme il lui convient dès lors que cela donne vie et sens à son texte. Je l'ai déjà exprimé dans des courriels précédents. Mais je dois, une nouvelle fois, manifester mon hostilité à ce point médian censé améliorer la visibilité féminine et dont la seule fonction est de faire trébucher ma lecture et ma pensée. Je ne prétends pas qu'il y ait une forme plus satisfaisante qu'une autre et une solution miracle applicable à tous les cas, mais ce choix "ponctuel" est le pire.

 3). A chacun de réfléchir, et à chacune de se pencher sur la question, en se souvenant que l'écriture a été inventée pour rendre visible et conservable ce qui au départ était une parole : toute écriture doit pouvoir être lue à haute voix, et il faudra qu'on m'explique comment prononcer "auteur.trice". Oui, je sais, "l'auteur ou l'autrice". Mais alors, c'est simple, il suffit de l'écrire ainsi, si on ne connaît pas le genre de la personne qui écrit : "l'auteur ou l'autrice", ou si l'on préfère, cela ne me dérange pas, "l'autrice ou l'auteur". C'est plus long ? C'est plus lourd ? Alors il faudrait donc écrire en abrégé pour faire court ?

Non. Il faut écrire tout ce qu'on a à écrire, en soignant son style et en trouvant les bonnes formulations, c'est tout.

 4). D'autres difficultés existent, qui demandent là aussi de réfléchir, et d'inventer. J'y reviendrai sans doute. J'ai par exemple en tête l'idée d'un pluriel en "z" pour des groupe composés d'hommes et de femmes : les "députéz", les "assistantz", où l'on pourrait même zozoter très légèrement la finale pour faire entendre cette diversité. Mais bon, il faudra un siècle pour y arriver ...

Gardons notre imagination au pouvoir, n'est-ce pas notre première qualité d'ingénieurz ?

A plus tard pour de nouvelles aventures.

Michel Catin (E65)


 
 
 
 
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