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N°489

CONSTRUCTION NAVALE ET CROISIÈRES / L’ALUMINIUM, HIER ET DEMAIN

janvier 2017
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Éditorial

Une France conquérante

Dans une récente interview assez ébouriffante, John Chambers, le patron de Cisco, géant américain des réseaux, explique qu’à ses yeux si nos économies ne parviennent actuellement pas à trouver le chemin de la croissance, c’est parce que « les dirigeants à travers le monde sont focalisés sur les symptômes du problème – comme les impôts et la politique commerciale – et ne se préoccupent pas du mouvement de fond qu’est la numérisation de l’économie »1. Dans ce contexte sombre, un seul pays trouve grâce à ses yeux : la France ! Il considère en effet que les investissements et les efforts pour promouvoir la « République numérique » nous placent en très bonne position pour affronter les défis de l’avenir et devenir prochainement un modèle en Europe. C’est aussi dans une forme de résonance franco-américaine que se lisent les dossiers de ce numéro.

Cela commence par une plongée dans le monde de l’aluminium, métal dont la production a débuté, à l’échelle industrielle, au XIXe siècle seulement. Dans son histoire, pour démarrer ; en particulier celle, stupéfiante, des deux inventeurs du procédé d’électro-lyse de l’alumine, encore utilisé aujourd’hui pour sa fabrication : Paul Héroult en France et Charles Hall aux Etats-Unis sont nés la même année, ont breveté leur procédé la même année, en 1886, sans savoir qu’ils étaient deux à le faire, et sont même morts tous deux en 1914 ! Au-delà de ces anecdotes, retracées avec moult détails dans un article rédigé par l’arrière-petite-fille de Paul Héroult, cette chronologie illustre combien la France et les Etats-Unis ont été dès le début, et plus encore à partir des années 1950, les deux grandes nations de la production de l’aluminium. Plongée dans les usages de l’aluminium, ensuite : l’aéronautique bien sûr – c’est d’ailleurs sans doute en raison de la maîtrise de la fabrication de pièces de grande dimension à l’usine d’Issoire que l’aventure Airbus a pu démarrer et prospérer, face au rival Boeing ; l’emballage alimentaire aussi – des boîtes de conserve aux 300 milliards de cannettes produites chaque année – ou encore dans l’automobile, même si les caractéristiques physiques de ce matériau ne le rendent pas adapté pour toutes les pièces. Plongée dans ses perspectives enfin : Pechiney est peut-être de l’histoire ancienne, mais il n’en reste pas moins que la consommation d’aluminium augmente de 5 à 7 % par an depuis tren-te ans (elle est de 80 millions de tonnes par an aujourd’hui) ; or vu la durée de vie des produits, elle ne pourra bien sûr pas être satisfaite par le seul recyclage, si bien que nos camarades qui souhaiteraient embrasser une carrière dans ce domaine ont sûrement encore de beaux jours devant eux.

Comment expliquer, ensuite, que 8 % des Américains aient déjà participé à une croisière, et seulement 1% des Français ? C’est pour tenter de répondre à cette question que nous nous penchons sur cette branche du tourisme actuellement en plein essor, y compris en France : on compte 600 000 passagers français en 2016, contre moins de la moitié huit ans auparavant. Nous disposons pourtant d’atouts : notre patrimoine mari¬time bien sûr, mais aussi nos ports. On découvrira ainsi la démarche lancée à Marseille afin que le port occupe une place éminente en Méditerranée : c’est actuellement le cinquième de la zone en nombre de passagers accueillis, mais tous les acteurs locaux se sont fédérés avec l’ambition de vite grimper dans ce classement. Nos tours-opérateurs, s’ils ne sont pas les plus connus, ont eux aussi réussi à se faire un nom dans le segment haut-de-gamme du marché. Enfin, notre industrie de construction navale, dont on estime qu’elle emploie 55 000 personnes en France, reste un pilier pour le secteur : sur les 60 navires de croisière actuellement en construction dans le monde, 59 le sont en Europe, ceci dans un contexte où les plus gros modèles sont à environ 1 milliard d’eu-ros pièce ! Au fil de ces pages, on ne trouve pas seulement des idées pour ses prochaines vacances : elles invitent aussi à une réflexion stratégique sur un secteur dans lequel les entreprises françaises semblent bien positionnées.

Dans les mêmes colonnes que John Chambers, son alter-ego de General Electric, Jeffrey Immelt, enfonçait le clou : « C’est lorsque leurs dirigeants ne veulent plus de la compétition que les gens se découragent ». « Le futur, ajoutait-il, sera l’affaire des dirigeants qui acceptent de voir le monde tel qu’il est, et qui sont vraiment prêts à réformer ». Réformer pour une France plus compétitive, voilà des points de vue venus d’outre-Atlantique qui donnent assurément matière à réflexion pour les semaines à venir...

Guillaume APPÉRÉ (P02/CM05)



Sommaire

Portrait d’un inventeur français : Paul Louis Toussaint Héroult (1863-1914) Claire GIRARDEAU-MONTAUT Maître de Conférences en Sciences à l’Université, retraitée Arrière-petite fille de Paul Héroult
L’Institut pour l’Histoire de l’Aluminium, un autre regard sur l’aluminium Pierre MEYNARD - Président de l’Institut pour l’Histoire de l’Aluminium
L’avenir de l’aluminium Béatrice CHARON (X - Sup Aéro) Ingénieur en Chef de l’Armement Vice-President Business Planning chez Constellium Présidente de l’Association Française de l’Aluminium
Embarquement immédiat ! Lionel RABIET (P 1995 ICiv)
Croisières : Marseille a le vent en poupe Jean-François SUHAS - Président du club de la Croisière Marseille Provence
MSC, l’ambition d’un futur leader mondial Patrick J. POURBAIX Directeur Général France, Belgique et Luxembourg MSC Croisières
Croisières haut de gamme Jean-Emmanuel SAUVÉE - Président de Ponant