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mars 2014

Un océan d’opportunités

Publié par Pierre ERWES | N° 472 - LA MER

Executive Chairman BioMarine Business Convention, Portugal

Chairman of the Board BioMarine International Clusters Association, Monaco

CEO BioMarine Organization Ltd, Hong Kong


L’avenir sourit aux audacieux ! Il est temps, pour chacun de nous, d’agir pour faire évoluer les mentalités et pré­parer notre société aux défis de demain. Quels sont les leviers de cette nouvelle donne ? L’espace et les océans.

Alors que depuis quelques mois Serenity s’est mis au travail sur la planète rouge, révélant ces formidables paysages mar­tiens, tout en envoyant des milliers d’informations à décryp­ter, nous commençons enfin à envisager un développement extra-planétaire qui permettra aux futures générations de conquérir les nouveaux territoires et espaces vitaux néces­saires à la race humaine. Cet avenir est déjà inscrit dans les plans de collaborations internationaux et nécessitera une syndicalisation des moyens scientifiques, économiques et surtout politiques.Au même moment sur notre planète bleue, nous prenons conscience de l’intérêt majeur que représentent les océans et ses formidables ressources biomarines. Nous devons rapide­ment établir une vraie stratégie pour nos océans, qui alliera conservation et développement économique, qui combinera des politiques de pêche réalistes avec l’optimisation de l’aquaculture, qui passera par l’intensification des énergies marines renouvelables, la mise en place d’une filière algues, l’intensification des recherches sur les microalgues à des fins énergétiques, nutritionnelles et aussi pharmaceutiques.

 

Pierre ERWES

Océanographe de formation, Pierre Erwes est un entrepreneur aux multiples facettes ayant travaillé dans le secteur défense, l’informatique puis les biotechnologies et les ressources biomarines. Après plus de 20 années passées à l’international, Pierre Erwes a lancé en 2008, BioMarine, la première conven­tion d’affaires internationale dédiée aux ressources biomarines. Afin de structurer cette industrie, il crée en 2013 avec le support de SAS le Prince Albert II de Monaco, «BioMarine International Clusters Association» qui regroupera les princi­paux acteurs internationaux, de l’industrie, de la recherche, de l’investissement dans le monde des ressources biomarines.

 

Décidément, nous vivons une époque formidable pleine d’opportunités ! Malheureusement, depuis plusieurs généra­tions nous avions pris l’habitude de vivre aux dépens de richesses naturelles inépuisables que notre planète avait accumulées durant les quatre milliards d’années précédant l’arrivée de l’homme et de son développement industriel. Force est de constater que nous avions surestimé ce poten­tiel. Alors que les apôtres médiatiques de la conservation proposent des solutions illusoires et rétrogrades basées sur la contrainte, le diktat environnementaliste et la décroissan­ce, nos industriels, nos chercheurs et les investisseurs construisent et élaborent la société de demain qui consacre­ra la gestion durable de nos bioressources, les techniques de recyclage, l’innovation créatrice de valeur.

Non, nous ne sommes pas dans le syndrome du Titanic, et cette croissance bleue est devenue une réalité créatrice de richesses et d’emplois ...

Notre planète abritera bientôt plus de neuf milliards d’habitants et nous nous devons de travailler en bonne concerta­tion avec les industriels, les investisseurs, les scientifiques et la société civile pour mettre en place les solutions adéquates qui permettront de nourrir la planète, de l’alimenter en éner­gies renouvelables, de se doter des outils qui permettront de réduire efficacement les pollutions et les contraintes sur l’environnement. Les solutions permettant de valoriser durable­ment les ressources biomarines tout en favorisant le déve­loppement économique des populations locales sont en plein déploiement autour du monde et les pays hier encore «émergents» s’engagent massivement dans le développe­ment de ces filières. Des pays comme le Mozambique sont en train de développer leur secteur aquaculture en intégrant les dernières technologies, les contraintes réglementaires et environnementales qui assureront le développement modè­le et durable de leur industrie. Les collaborations internatio­nales se multiplient et la Norvège déploie des moyens importants pour assurer des débouchés à son secteur aqua­culture et sa filière biomarine. La microalgue en substitution de la protéine végétale devient un axe de développement rapide supporté par de nombreux programmes de recherche (Canada, Norvège, Chine). Le développement de l’aquaculture off-shore, en proximité des zones de développement éolien permet de développer des synergies notamment en termes de services et de maintenance. Ces zones d’exclusion deviennent de fait des zones de développement parfaite­ment adaptées à l’aquaculture off-shore. Le problème com­plexe des «by catches» pour la pêche industrielle ouvre de nouvelles opportunités sur l’utilisation de ces prises comme source de protéine pour le développement de la filière aqua­culture.

176 milliards de dollars Voilà ce que représente le marché annuel des ressources biomarines. Mal connu du grand public, souvent dissimulé par l’organisation en silos des industries traditionnelles, le marché de la biomarine est en passe de devenir le moteur de la croissance internationale.

Que représente cette industrie biomarine et quel est son devenir à l’horizon 2020 ?

  • Les biotechnologies marines représentent 8% du marché des biotech et représenteront 15% en 2020.
  • Les bioplastiques d’origine marine représentent moins de 1% des biomatériaux et ils devraient représenter plus de 10% du marché en 2020.
  • Les bioénergies d’origine marine représentent


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Figure n°1 : Pierre ERWES


1,5% du marché énergétique et représenteront plus de 3% en 2020.
  • L’aquaculture produit 12% du marché global de la protéine. Ce chiffre sera au-delà de 35% en 2020.
  • La chimie bleue ne représente que 6% du marché mondial et devrait se situer aux environs des 15% à l’horizon 2020.
  • Les cosmétiques d’origine marine occupent 13% du mar­ché cosmétique et devraient être à plus de 30% d’ici 2020
  • Le segment de la nutraceutique d’origine marine est quant à lui déjà à 32% du marché global et devrait continuer sa croissance au-delà des 50% d’ici 2020.
  • Les ingrédients marins sous toutes leurs formes représen­tent 38% des ingrédients naturels utilisés. Le taux de péné­tration sera au-delà de 55% d’ici 2020.
  • Ce monde des ressources biomarines est une mosaïque com­plexe, en pleine évolution dont les contours diffus intègrent de nombreux secteurs industriels et de l’innovation. J’ai sou­vent insisté lors de nos conventions sur la disparité apparen­te de nos activités qui cependant s’assemblent dans une logique transversale parfaite et offrent de ce fait un monde d’opportunités et de synergies communes. Les ingrédients marins sous toutes leurs formes représentent le cœur de nos industries. Tous les marchés dérivés dont l’aquaculture, la nutrition humaine et animale, les industries cosmétique, nutraceutique, pharmaceutique, la biotechnologie, le «clean-tech», les bioénergies, et l’environnement se développent rapidement sur l’exploitation plus ou moins sophistiquée de ressources biomarines et d’ingrédients primaires.

    En structurant notre secteur des ressources biomarines dans une approche transversale, nous créons des passerelles for­midables pour la recherche fondamentale, le développe­ment de collaborations internationales, ainsi que de très nombreuses opportunités d’affaires. Ainsi à titre d’exemple, les producteurs d’algues deviennent les acteurs incontour­nables du développement de l’aquaculture en quête de sub­stitut protéiné au «Fishmeal», ils contribuent au développe­ment de la filière nutraceutique en fournissant des acides gras d’origine végétale ; les extractions plus sophistiquées telles que les caroténoïdes et les collagènes sont autant d’intérêt pour l’industrie cosmétique et les métabolites et les enzymes originaux de certaines algues font le bonheur de certaines sociétés de biotechnologies à la pointe de la chimie bleue. Enfin, les algues offriront bientôt une alternative inté­ressante aux biocarburants de deuxième génération qui entrent souvent en compétition avec la production agricole si nécessaire au bétail et à l’alimentation humaine ... Grâce à la génomique, les ressources biomarines vivent une véritable révolution technologique et conceptuelle. Souvent très en avance sur son temps, notre recherche doit accentuer son effort de communication vers le grand public afin que de nombreuses barrières psychologiques tombent.

    Depuis octobre 2008, date à laquelle nous avons lancé BioMarine, sous la présidence française du conseil européen, les projets liés à la biomarine ont fleuri au niveau internatio­nal. Nous assistons à un véritable «Blue Rush» Tout cela tend à accréditer la cause du développement économique de notre filière. Durant ces cinq dernières années nous avons construit et développé une communauté BioMarine de 250 000 professionnels dans plus de 52 pays, travaillant dans plus de 33 disciplines différentes. Cette communauté BioMarine regroupe de nombreux entrepreneurs, des scientifiques, des chefs d’entreprises, des investisseurs, des représentants d’organisations non gouvernementales, des politiques et des journalistes. Afin de créer une véritable synergie productive, qui puisse proposer, élaborer et accélérer les décisions dans et pour nos secteurs, nous avons lancé en 2013 sous le haut patronage de SAS le Prince Albert II de Monaco, l’association internationale des clusters biomarins qui regroupera dès 2014 les vingt clusters, organisations de recherche, agences gouvernementales afin de doter notre industrie d’une véri­table gouvernance et de moyens permettant le développe­ment de projets collaboratifs, l’accès aux finances pour les PME de chaque cluster et les porteurs de projets issus des universités.

    Cette année 2014 sera porteuse de nombreux projets biomarines. Le Portugal qui accueillera la 5ème édition de notre convention Biomarine à Cascais les 30 et 31 octobre pro­chains, s’est engagé dans un plan ambitieux de développe­ment de l’utilisation et de l’optimisation de ses ressources marines. 350 chefs d’entreprises, deux chefs d’état, de nom­breux représentants gouvernementaux, la commission euro­péenne participeront aux discussions et aux échanges. La première réunion de l’association internationale des clusters marins se tiendra pendant la convention et le Portugal annoncera le lancement de son cluster biomarine à cette occasion.

    Et la France ? Qu’advient-il de notre pays sur la scène biomarine internationale. Malgré des compétences scientifiques reconnues, des organismes de recherche toujours en pointe, le secteur biomarine ne décolle pas. Incompréhensible ? Peut-être pas? Il faut engager nos entrepreneurs à sortir des frontières et collaborer pleinement avec les pays industriels du secteur. L’accélération du transfert technologique entre la recherche appliquée et la création d’entreprise est encore une étape difficile, voire laborieuse au pays de Descartes. Si nous voulons profiter pleinement de la croissance bleue, il est temps de larguer les amarres et de voguer toutes voiles dehors ...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Pierre ERWES

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