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mai 2011

Restez dans la course, soyez employable

«Le journaliste demanda à la jeune femme pourquoi elle voulait travailler dans les Pompes funèbres. Elle répon­dit : parce que j’aime les contacts humains». (San Francisco Chronicle)

Employabilité ? Ce néologisme probablement d’origine anglo-saxonne fleure bon le technocrate, le sociologue du travail en mal de théorie pour expliquer et soigner le mal du siècle : la privation d’emploi.

Employable se trouvait déjà dans le Petit Robert en 1995, puis employabilité est apparu dans Le Larousse illustré de 2005.

Aujourd’hui, il suffit de cliquer sur Google, Yahoo et autre Wikipedia pour être pleinement éclairé.

L’employabilité ?

Prendre en main sa trajectoire, acquérir les compé­tences qui dynamisent un parcours, changer de poste ou de métier pour élargir ses expériences, c’est sécuri­ser son parcours. L’employabilité n’est rien d’autre que cela : une démarche et une manière d’être qui favori­sent l’emploi durable.

Certes, mais au fond, ne s’agit-il pas d’un problème immarcescible : comment trouver sa place dans la société et s’y maintenir en gagnant honorablement sa vie lorsque, prolé­taire moderne, on se trouve contraint à s’employer moyennant de modestes émoluments pour subvenir à ses besoins et à ceux dont on a la charge ?

Les choses ont-elles changé tant que cela depuis la période bénie des «Trente glorieuses», dont on n’a jamais autant parlé que depuis leur dispari­tion piteuse.

Pour tenter de comprendre, il est intéressant de se replonger dans l’abondante «littérature» dédiée à l’emploi, à la recherche d’emploi, à la construction de sa carrière, à la prise en mains de sa propre vie pour devenir qui l’on est (sic).

Sans vouloir m’épancher abusivement dans ces colonnes au risque d’être taxé d’exhibitionnisme ou soupçonné de vouloir faire ma promotion aux frais de la revue, je retrace rapidement mon parcours avant d’aborder la question de front.

Sorti en 1968 de l’école, ayant tâté des sciences de la terre par goût, je suis passé, en un peu plus de 15 ans, du traite­ment de l’eau à la vente de gaz industriels, en ayant goûté à l’informatique, aux télécommunications et à la gestion de groupes industriels français réputés, pour aboutir autour de la quarantaine à la conclusion que je préférais faire autre chose (on dirait aujourd’hui que j’ai décidé d’être entrepre­neur de moi-même !).

Il se trouve que, n’ayant pas de vocation chevillée au corps ni de talent spécialisé, je me posais fréquemment des ques­tions sur ce que je faisais là et où je risquais d’aboutir si je continuais sur les rails. L’existence du service emploi de nos associations (SPP à l’époque, pour Service Placement Promotion) ne m’avait pas échappé et, d’observateur atten­tif de son activité, j’en étais devenu un acteur motivé. Ai-je trouvé ma vocation grâce à cette activité parallèle et souter­raine ? Je suis enclin à le penser et, au passage, je suis heu­reux de rendre ici hommage aux camarades (Pierre Dieuzeide, Michel Bruder, Pierre Marioge et bien d’autres) qui m’ont précédé dans ce travail, car c’en est un, consistant à écouter les uns et les autres, à les rassurer sur leur valeur et à tenter de les aiguiller vers une piste prometteuse.

Un beau jour de l’automne 1985, j’ai quitté les forteresses du capitalisme et je suis devenu un Mohican, un «chasseur de têtes», traduction brutale de l’américain «headhunter». Je peux dire que j’ai vécu l’expérience de la remise en cause et que j’ai eu à me poser la question de mon «employabilité».

Néanmoins, fort inspiré par La Fontaine, tel le loup, je cours encore...

Depuis cette époque, j’ai essayé de rendre service aux per­sonnes et aux entreprises qui se cherchent à tâtons, les unes mettant en avant leurs talents et les autres voulant se pro­curer des compétences stratégiques rares (comme on dit des terres rares) ou simplement difficiles à attirer.

D’où mon intérêt permanent pour tout ce qui touche à l’emploi, à la carrière, à la façon de se réaliser le mieux pos­sible tout en gagnant sa vie, sans avoir trop la sensation de la perdre.

Intuitivement, comme Monsieur Jourdain faisant de la prose, je participe chaque jour à l’avancement de la «scien­ce de l’employabilité». Plongeant dans ma bibliothèque, j’ai exhumé quelques livres pour juger de la novation du concept. Parmi d’autres ouvrages, j’ai conservé ceux qui me semblent frappés au coin du bon sens tel que Chercheurs d’emploi, n’oubliez pas votre parachute, (Richard Bolle, édition Sylvie Messinger, 1983).

Ce livre est probablement épuisé, voire démodé à l’époque du web, mais je lui trou­ve le mérite de poser les vrais problèmes avec bon sens, de donner les clés d’une réflexion de fond et de fournir des pistes d’action pour qui veut vraiment rester dans la course.

En résumé, je retiendrai les étapes-clés de la démarche :

  • Que voulez-vous faire ? Vous devez savoir très précisément ce que vous voulez. Autrement, quelqu’un le déterminera à votre place et votre confiance en vous risque d’en être sérieusement ébranlée.
  • Savez-vous identifier les entreprises qui vous intéressent ? Vous devez mener vous-même cette recherche avec méthode, obstination et soin, sans tenir compte des affirmations et des informations trompeuses telles que le «marché du travail», les «sta­tistiques de l’emploi», tous ces chiffres qui font peur et qui démoraliseraient le plus aguerri des condottieri.
  • Saurez-vous intéresser la personne responsable de l’activité que vous visez ? Cette étape de la démarche est cruciale et doit être précédée d’une préparation sans faille. Il faut non seulement retenir l’attention du déci­deur, mais aussi tenir compte de sa psychologie et de sa situation. Si vous savez saisir l’instant propice, susciter le désir, faire entrevoir vos qualités et vos aptitudes à résoudre ses problèmes, en un mot le rassurer, vous avez fait un grand pas vers la solution de votre problème d’emploi.

À l’issue de l’entretien décisif, vous pourrez lui dire tel : «Le Petit chaperon rouge : certes, vous avez de très grandes dents ! Mais qu’importe. Vous avez tout de même été très bonne de m’accorder cet entretien».

Reprenant la conclusion de Richard Bolles :

«Celui ou celle qui est embauché n’est pas nécessairement celui ou celle qui est le plus qualifié ; mais celui, ou celle, qui en sait le plus sur la façon de se faire embaucher».

Entendons-nous bien, je ne prône pas l’esbroufe, le culot, je n’envie pas les bateleurs, je ne suggère pas de proposer une marchandise frelatée. Nous sommes des ingénieurs, ne l’oublions pas, notre matrice est d’essence scientifique et ration­nelle. Mais cela n’interdit pas, bien au contraire, de promouvoir nos compétences et de défendre notre employabilité dans ce monde de plus en plus compétitif. ●

 

Auteur

Lucien LEBEAUX Managing Partner AJC ARIANE
t: +33 6 09 75 73 18 e: lucien.lebeaux@ajcariane.com
Engineer, Ecole des Mines de Paris (1968), MBA Sorbonne University (1969)
Institut Auguste Comte pour l’étude des sciences de l’action (1981)

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