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septembre 2008

Espace souterrain, troisième dimension ?

Pierre DUFFAUT (E45)

Après une carrière d'ingénieur géologue à EDF (tunnels barrages, centrales nucléaires) puis au BRGM (géotechnique, risques naturels et aménage­ment du territoire), il exerce une activité libérale de formation, expertise et conseil en Génie géologique tout en militant dans plusieurs associations scientifiques et techniques dont le Comité Espace souterrain de l'AFTES.

Jean ESTIVALET (E59)

Membre du Comité de Rédaction de la Revue des Ingénieurs des Mines


Dès l’origine des temps les hommes ont utilisé les vides et grottes créés par la nature pour y trouver refuge et habitat ; avec les progrès de l’humanité cet habitat est devenu de plus en plus “extérieur” avec les huttes, puis les maisons, en atten­dant les immeubles. Vint aussi l’époque où l’homme s’est mis à gratter le sous-sol à la recherche de ses richesses : l’ère des mineurs.

Les mineurs sont donc experts en exploitation des richesses du sous-sol ; ils maîtrisent le creusement et au besoin la stabilité des cavités d’exploitation ; ils creusent des puits et galeries d’accès aux gisements, et plus rarement des cavernes pour loger divers ateliers, pour abriter des matériels, pour effectuer certains trai­tements des minerais comme le concassage, plus rare­ment encore pour loger du personnel et des services

Ils ont donc servi de précurseurs aux sapeurs pour aménager les installations stratégiques souterraines et plus tard aux ingénieurs de génie civil pour les cavernes industrielles : salles des turbines et alterna­teurs des aménagements hydroélectriques (rarement pour des centrales thermiques “à flamme”, et plus rarement pour celles à chaudières nucléaires), cavernes de stockage d’hydrocarbures, etc.

Les urbanistes et aménageurs travaillent au contraire sur des plans à deux dimensions, à l’instar du cadastre, laissant aux architectes le soin des façades en élévation. Pendant longtemps aucun de ces spé­cialistes n’envisageait la troisième dimension, vers le bas. Sans doute un usage ancien enterre les canali­sations d’eau pour les mettre à l’abri du gel, un modè­le suivi ensuite par divers autres “petits réseaux”, et de plus en plus depuis 1863, par des voies ferrées sou­terraines : abréviation de la première ligne de Londres, appelée Metropolitan Railway, le mot métro a essai­mé dans les grandes villes du monde entier.

Devant l’accroissement de la circulation automobile, les parcs de stationnement souterrains, prônés par le GECUS* dès les années 30, se sont multipliés à Paris et gagnent à leur tour le monde entier. Cependant les voiries souterraines ne sont encore que des tronçons localisés à Sydney et Boston , loin du réseau proposé à Paris en 1987 par GTM* sous le nom de LASER* ; après le Japon, les centres commerciaux souterrains accompagnent les principales stations de réseaux de transport. Ainsi se justifie peu à peu le concept d’urbanisme souterrain, défini par Edouard Utudjian dès 1932 et sa forme moins exclusivement urbaine, celui d’espace souterrain, désormais adopté internationalement après un congrès à Paris en 1995.

Sabine Barles en fait remonter les germes dans le Mémoire sur les objets les plus importants de l’architecture, de Pierre Patte (1769) qui perçoit la fonction d’assise technique que peut remplir le sous-sol urbain dans la ville nettoyée de ses miasmes et fonctionnali­sée à l’extrême.

Le présent dossier ouvre un aperçu sur l’utilisation qui peut être faite de cette troisième dimension :

  • Avec l’exemple du Grand Louvre, auquel elle a consacré une thèse, Sabrina CHARRIÈRE nous montre comment le sous-sol a contribué à la préservation du patrimoine et fait de ce musée le plus visité du monde.
  • Jean-Paul GODARD, qui a passé toute sa carrière à la RATP, pose toutefois la question : “Pourquoi des métros souterrains ?”. En comparant les différents systèmes possibles de transport urbain, il attire l’attention sur les nombreux avantages indirects qu’apporte la solution souterraine. En complément Jean-Frédéric COLLET (N68) nous entraîne dans un tour du monde des plus grands métros, de Moscou à Hong Kong en passant par Londres et Madrid.
  • Exemple d’un remarquable urbanisme souterrain : Monaco, tout petit territoire, coincé entre mer et montagne et qui n’a dû son développement récent qu’en enfouissant une partie de ses infrastructures, comme nous l’explique Patrice CELLARIO, arti­san majeur de ce développement souterrain.
  • Michel LÉVY, un des bâtisseurs des grands tunnels internationaux du 20e siècle (tunnel du Fréjus, tun­nel sous la Manche) présente une rétrospective des tunnels routiers et ferroviaires en Europe et évoque, avec toute sa foi dans les progrès techniques, les projets en cours ou imminents pour relier les États de notre continent.
  • Quand le sous-sol vient au secours de la physique ! C’est un aspect méconnu du grand public où nous entraînent Pierre DUFFAUT (E45) et Jean ESTIVALET (E59) : les laboratoires souterrains. Peu de gens savent que l’avenir de la recherche fondamen­tale se joue pour beaucoup à plusieurs centaines de mètres sous terre comme au CERN* près de Genève ou au plateau d’Albion, reconversion réussie de l’ancien centre de tir des missiles nucléaires.

Le dossier n’a pu traiter plusieurs domaines impor­tants, comme les cavernes naturelles des karstologues et spéléologues ou l’habitat souterrain troglodytique, pour l’anecdote on rappellera seulement que le bien connu “champignon de Paris” est cultivé dans d’anciennes carrières souterraines de calcaire, la plupart en Anjou, mais certaines en Île-de-France, à proximité du PC enterré des forces navales françaises !

(*) Sigles :

CERN : Centre européen de recherches nucléaires

GECUS : Groupe d’études et de coordination de l’urbanisme souterrain

GTM : Grands travaux de Marseille, au sein désormais du Groupe Vinci

LASER : Liaison automobile souterraine express régionale

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