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juillet 2013

Économie du 3ème âge : la situation aux États-Unis

«Un enfant sur trois né aujourd’hui vivra 100 ans». «Le premier être humain à vivre 150 ans est déjà né».

Voici ce que les automobilistes peuvent lire sur les panneaux publicitaires qui bordent les autoroutes à l’entrée de San Francisco. Cette publicité est offerte par une célèbre compa­gnie d’assurance, sans doute pour encourager celui qui la voit à signer une assurance vieillesse, mais pourra-t-elle payer ?

Calcul du risque et composition du programme de retraite correspondant.

Pour mieux mesurer leur risque et anticiper leurs besoins financiers, les assureurs utilisent le risque statistique de mor­talité (risque de mourir dans l’année), plutôt que l’âge. Une personne avec un risque de mortalité élevé est vieille, celle avec un risque faible est jeune, deux personnes avec le même risque ont effectivement le même âge. Actuellement une femme de 79 ans présente aujourd’hui le même risque de mortalité qu’une femme de 69 ans en 1940.

Les conseillers financiers établissent votre programme de retraite en fonction :

  • des programmes sociaux du gouvernement fédéral (Sécurité Sociale et couverture maladie),
  • des retraites privées,
  • et des économies personnelles (héritages inclus).

Les régimes de retraite privées sont très variables d’un État à l’autre des USA, entre couverture privée (sociétés privées) et publique (employés d’état, municipaux, etc.). La situation financière de nombreux programmes est inquiétante, et devrait faire l’objet de nombreuses réformes si la dimension politique n’intervenait pas pour paralyser le système. La faible croissance du PIB ajoute une autre dimension aux pro­blèmes structurels, qui n’avaient pas été prévus lors de la création de ces programmes. Pour l’instant, la couverture sociale des personnes âgées aux États-Unis est compétitive par rapport à celle des autres pays industrialisés. L’indice de pauvreté par catégories d’âge est le plus bas chez les seniors. Le dernier recensement de 2010 évalue cet indice à 9% alors qu’il est de 15% pour l’ensemble de la population. Cet indice senior atteignait 30% en 1965.

Les programmes fédéraux, Sécurité Sociale et couverture médicale

Aux États-Unis, la Sécurité Sociale date de 1935. Le program­me d’origine a été amendé tout au long des années.

La Sécurité Sociale américaine est actuellement responsable des programmes de couverture des plus de 65 ans, de l’assurance pour handicapés, des chômeurs, et d’une assurance temporaire pour les familles dans le besoin. Nous nous limi­terons aux programmes pour les seniors, qui comprennent la retraite offerte par la Sécurité Sociale, et le régime santé connu sous le nom de Medicare.

Sécurité Sociale

Pour la Sécurité Sociale, l’âge de la retraite est fixé à 65 ans mais il augmente régulièrement pour atteindre 67 ans pour les personnes nées après 1960. Il est possible de toucher une pension à partir de 62 ans mais avec une décote. La Sécurité Sociale est financée par une contribution égale des salariés et des employeurs. Actuellement 54 millions de personnes en reçoivent les bénéfices tandis que 157 autres millions contribuent au financement. Le chiffre de 54 millions inclut 10 millions d’handicapés qui peuvent recevoir des droits dès l’âge de leur handicap.

Le calcul des droits se fait par un système de crédits. Quatre crédits sont attribués par année de contribution. Il faut 40 crédits, soit dix ans, pour obtenir des bénéfices. Le conjoint qui n’a jamais travaillé a droit à une retraite égale à 50% des bénéfices de l’époux qui, lui, a travaillé. Même les divorcés, qui ont été mariés au minimum dix ans, reçoivent les mêmes avantages. Le montant des pensions de la Sécurité Sociale est de l’ordre de 2 000 dollars par mois par personne.

Les droits à la Sécurité Sociale ne sont pas limités aux seuls citoyens américains, ils sont acquis par tous les résidents légaux pendant leurs années de travail aux États-Unis. Ainsi, une personne ayant légalement travaillé aux États-Unis peut prendre sa retraite depuis l’étranger. Il y a des conventions bilatérales entre les États-Unis et quelques pays pour coor­donner les retraites des diverses administrations gouverne­mentales. Par exemple, un Français, qui aurait travaillé au moins dix ans aux États-Unis, pourra, même s’il décide de prendre sa retraite en France, demander à la Sécurité Sociale française de se mettre en liaison avec l’administration de la Sécurité Sociale américaine pour regrouper les droits cumu­lés à la retraite, en fonction de ses années de travail dans les deux pays, et d’après la formule de calcul décrite dans la convention franco-américaine.

Couverture médicale – Medicare et Medicaid.

À partir de l’âge de 65 ans, et cela depuis 1965 (la grande société du président Johnson), les Américains inscrits à la Sécurité Sociale bénéficient d’un système de couverture médicale.

En 2010 Medicare offrait une assurance santé à 40 millions d’Américains. Le programme comprend quatre volets dési­gnés A, B, C et D.

  • La partie A est une assurance hôpital, elle est financée par une taxe de 2,9% sur les salaires.
  • La partie B couvre les visites médicales, et son financement est assuré par une contribution individuelle variable en fonction du niveau de revenu et par le gouvernement fédéral.
  • La partie C permet de bénéficier de Medicare en faisant partie d’une organisation de santé qui couvre tous les besoins moyennant une contribution de l’ordre de $100 par mois et une petite participation aux frais.
  • La partie D est une assurance complémentaire facultative et couvre les médicaments.

Un programme supplémentaire, «Medicaid», assure la cou­verture des plus démunis, retraités ou non. L’administration de Medicaid est assurée par le gouvernement fédéral et les 50 États des États-Unis. Medicaid paye directement les méde­cins, les hôpitaux et les maisons de retraite médicalisées. Les personnes qui touchent des retraites à faible taux, ou dému­nies de toute richesse, peuvent en bénéficier. En 2004, Medicaid a payé plus de 150 milliards de dollars aux maisons de retraite. La contribution de Medicare, qui limite la durée du séjour, est de l’ordre de la moitié des frais de maisons de retraite.

La réforme des systèmes de santé du Président OBAMA «Obamacare» qui se met lentement en place a pour but d’améliorer la situation des actifs. Ces personnes doivent contribuer à l’achat d’une assurance maladie avec une aide du gouvernement fédéral pour les plus démunis (40 millions de personnes n’ont pas d’assurance maladie). La couverture des retraites n’est essentiellement pas modifiée. Les plus pauvres n’ont actuellement que Medicaid pour leur venir en aide.

Les régimes de retraite complémentaires (privés ou non)

Pour le public

Les régimes sont très variables et évoluent constamment dans le temps. Ainsi il existe autant de régimes spéciaux applicables aux anciens fonctionnaires municipaux qu’il exis­te de municipalités.

Le régime des anciens fonctionnaires, non fédéraux, est très variable et est un sujet constant d’inquiétude dans la situa­tion actuelle. Pour revenir au cas de la Californie, l’application de ces régimes de retraite est centralisée au niveau de CALPERS.

CALPERS est un mécanisme financier géant (fonds d’investissement) qui administre l’ensemble des fonds, soit 252 mil­liards de dollars. CALPERS calcule chaque année les réserves nécessaires, facture les membres, accumule les contribu­tions, les investit et paye les retraites.

Lorsque CALPERS perd de l’argent dans ses investissements, comme ce fut le cas pendant la crise récente, les coûts augmentent pour les membres. Il y a plusieurs cas de faillite de municipalités dont on ne connaît pas encore l’issue.

Pour les sociétés privées : deux systèmes de plan.

  • Le système traditionnel payé entièrement par la société qui donne droit à une retraite suivant un plan défini (nombre d’années, salaires). Un tel plan paie une retraite à partir d’un âge variable mais la moyenne est autour de 62 ans. Le problème d’une faillite éventuelle de la société privée est partiellement couvert par une assurance fédérale qui col­lecte les primes des sociétés et assure en partie les retraites. Malheureusement les cotisations sont interrompues en cas de faillites. Ainsi, la faillite d’«United Airlines» a divisé par deux la retraite de nombreux employés.
  • Le plan participatif qui permet à l’employé de cotiser jus-qu’à 6% de son salaire (défiscalisé) avec une contribution égale de l’entreprise. Soit au total 12%. L’argent est investi au choix du salarié dans divers plans d’investissement, déterminés en général par l’entreprise. Lorsque le salarié quitte l’entreprise il emporte avec lui ses investissements qui sont intégrés dans un nouveau plan. Sauf cas excep­tionnel, l’argent de la contribution défiscalisée ne peut être retiré sans pénalité qu’à l’âge de la retraite.

Les économies personnelles et le patrimoine

Le taux d’épargne des Américains est l’un des plus faibles parmi les pays industrialisés. Ce taux, calculé comme un pourcentage des revenus, a décliné de façon importante depuis les années 50. Beaucoup de familles atteignent l’âge de la retraite avec peu d’économies. Pendant des années les Américains ont cru que leur épargne était dans leur maison (65% sont propriétaires). L’éclatement de la bulle immobiliè­re en 2008 a détruit cette fausse assurance.

La Sécurité Sociale devient alors la source principale de reve­nu pour de nombreuses familles. Elle assure en effet plus de la moitié des ressources pour 65% des ménages retraités.

Pour les familles aisées, la taxation des successions est une source importante de création de richesses personnelles. La taxe sur le capital hérité est très ancienne et date de 1898. Le principe est de taxer le capital de la personne décédée au-delà d’une certaine franchise. Il n’y a pas de taxation directe entre époux. Le système permet à l’époux survivant d’utiliser la portion du crédit de la franchise de l’époux décédé. Les héritiers peuvent alors doubler la franchise lors du décès du dernier parent. Actuellement la franchise individuelle est de 5,25 millions de dollars. Le taux de taxation est au maximum de 35%. Ce système très généreux sera certainement revu à la baisse par l’administration Obama, mais les Républicains y sont opposés.

Solvabilité des systèmes : (des difficultés semblables existent dans la majorité des pays industrialisés)

Les programmes de retraite et de santé ne sont pas auto-finançables dans leur forme actuelle. Les politiciens, écono­mistes et experts sont d’accord sur les faits suivant :

  • L’espérance de vie à 65 ans augmente au minimum de un mois chaque année.
  • Pendant les quarante dernières années, la masse des actifs a diminué, soit pour des raisons démographiques, soit par suite des départs prématurés à la retraite.
  • Le coût des programmes sociaux financés par le gouverne­ment fédéral augmente chaque année. Il représente actuel­lement 8% du PNB et il devrait atteindre 15% en 2030 si la tendance actuelle se poursuit. Il est bon de rappeler que le total du budget de Washington est de l’ordre de 22 à 24% du PNB.
  • L’augmentation des dépenses de santé provient plus de la croissance de la quantité que du coût des services.

Une abondante littérature existe sur la nécessité de réformer le système, et les idées ne manquent pas. Le programme de la Sécurité Sociale est certainement plus simple que celui très complexe de Medicare. Les résultats de la réforme Obama ne sont pas encore connus mais cette réforme affec­te peu le système des retraites, encore qu’il puisse avoir une influence sur l’équilibre budgétaire du gouvernement fédéral.

Comme dans la plupart des programmes nationaux de ges­tion des retraites, en crise dans les pays développés, les solu­tions proposées pour la Sécurité Sociale américaine sont de trois types :

  • Augmenter la contribution des actifs, mais cela accroîtra les charges des entreprises et des salariés.
  • Réduire les droits de retraite en supprimant partiellement l’indexation.
  • Augmenter l’âge de départ à la retraite pour toucher les droits, tout en réduisant les incitations à quitter trop tôt le marché du travail.

Les retraités sont actifs politiquement et sont très attachés à leurs avantages acquis. La solution passe par leur accepta­tion d’un train de réformes.

Bien qu’il soit admis qu’une croissance des coûts médicaux de 3 à 4% par an ne soit pas viable dans une économie qui croît à 2%, il n’y a pas de réponses unanimes et simples. Toutefois il est admis que la pratique courante d’offrir aux participants tous les traitements possibles quel que soit leur coût ne peut pas continuer. Il est inévitable qu’une certaine forme de rationnement soit introduite.

Réglementer l’offre et diminuer la demande seront néces­saires. L’offre comprend l’ensemble du corps médical et les grands groupes pharmaceutiques.

Les sociétés de technologie médicale ne font que répondre à la demande des médecins tout en intensifiant leur marketing pour leurs nouveaux produits, mais ceci est bien loin du matraquage publicitaire des groupes pharmaceutiques. L’offre est contrôlée au niveau du gouvernement par la FDA (Food and Drug Administration). La fonction de base de cette administration est la protection des consommateurs avec entre autres les produits médicaux, la nourriture et les médi­caments. L’autorisation d’utilisation des médicaments géné­riques fait partie de leur juridiction. La réglementation de l’utilisation des produits et services existants est plus difficile et soulève immédiatement des problèmes d’éthique et de morale. Doit-on autoriser une opération à cœur ouvert sur une personne très âgée dont l’espérance de vie est de toute façon courte ? Seule une gestion orientée sur le préventif et le conseil suivi, au niveau des organisations de santé du type HMO (Heath Maintenance Organisation), permettrait d’amé-liorer les coûts.

La demande, de l’avis presque général, est le domaine où il faut agir. Pas d’égalité devant la richesse.

Il est certain que lorsque le client doit participer au coût du produit, la consommation baisse et les décisions de traite­ment sont prises à bon escient. Une idée intéressante est à retenir. Elle propose un système de bon de crédit par indivi­du (voucher) basé sur leur rémunération historique. Ces chiffres sont connus lors de la demande de pension auprès de la Sécurité Sociale. Les participants ayant eu un revenu faible qui les situe dans le tiers inférieur de la distribution his­torique des revenus recevraient un plein crédit. En revanche, ceux de la tranche des 20% supérieurs recevraient un crédit modulé suivant l’âge, le sexe, et les conditions de santé pour juste permettre l’achat d’une assurance contre risque majeur. D’après les auteurs de la proposition, le système devrait per­mettre de contrôler les coûts en demandant à ceux, qui le peuvent, de supporter une contribution plus importante tout en s’assurant que les plus démunis reçoivent des soins satisfaisants. Ce système devrait aussi faciliter l’élimination des gâchis et améliorer l’efficacité du système.

Conclusion

Aux États-Unis, la protection sociale des personnes du troi­sième âge est l’une des meilleures rencontrées dans les pays industrialisés. Toutefois le système n’est pas financièrement viable dans sa forme actuelle à long terme. Des réformes sont nécessaires, elles seront douloureuses et contestables, mais il faut espérer que les législateurs de Washington trouveront un accord. Alors l’homme (et ce sera probablement une femme) qui doit vivre 150 ans n’aura pas de raison de s’inquiéter pour sa longue retraite. ■

 

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