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23 avril 2022

Écrire : de la poésie au roman policier...

Interview de Michel Boisson (E86) par Frédéric Collet (N68)

Michel Boisson est « Senior Reservoir Engineer » chez TotalEnergies activité s’intéressant en particulier au stockage du CO2. Nous pensions qu’il nourrirait notre Forum sur l’énergie d’une nouvelle contribution (sans doute à venir !!), mais c’est en tant qu’auteur qu’il s’est d’abord présenté à nous ; voici son interview.  

 Tu es passé de la poésie au roman : quel a été le déclencheur de cette mutation ?

J'écris de la poésie depuis les classes prépa (et je suis attaché aux formes dites classiques, comme le rythme et la rime, je suis très XIXè... Baudelaire, Gérard de Nerval...). Lors d'un salon du livre, j'ai rencontré une poétesse qui lisait ses poèmes au micro devant quelques personnes. Je suis allé lui parler ensuite, je lui ai dit que je trouvais cela courageux. On a discuté, on s'est revus. Elle m'a présenté à une amie qui organisait un concours de poésie, elles m'ont proposé d'y participer. J'ai extrait vingt poèmes sur un même thème afin de concourir. On pouvait aussi proposer une nouvelle, je me suis dit "tiens, pourquoi pas, je n'ai jamais écrit de texte long". Voilà le déclencheur. Un petit prix pour mes poèmes, un éditeur intéressé, et surtout l'envie de continuer à développer (ou plutôt envelopper) ma nouvelle : elle est devenue le premier chapitre de mon premier roman (Crise de la quarantaine, ou l'agenda de Marion). Je l'ai sorti en autoédition pour qu'il paraisse en même temps que mes poèmes et pour faire comme un écrivain que j'avais rencontré : ça me semblait le plus simple. Mais ça n'aide pas à la diffusion ! Ensuite j'ai écrit "Quand passent les chocards", j'ai envoyé le manuscrit à trois éditeurs et Cairn m'a contacté au bout de trois semaines : on y va ! J'ai eu des retours de lecteurs pour mes poèmes et mes deux romans : j'avais fait plaisir à des lecteurs en me faisant plaisir, alors j'ai continué ! Et j'écris toujours de la poésie.

 L'orientation vers le polar correspond-elle à un besoin de projection dans une autre vie (de l'auteur ou du lecteur) ?

 Ce qui me plaît dans ce genre c'est l'intrigue, le rythme, le suspens, l'embrouille. C'est du polar avec des sentiments, des doutes, de la poésie aussi.

J'ai plusieurs autres scénarios en tête mais en ce moment je cherche à écrire en tant que narrateur externe (j'explore, toujours), c'est toujours un mécanisme d'intrigue mais on n'est pas sur du polar. J'ai un scénario de roman d'anticipation en tête, aussi... Bref, je ne pense pas me cantonner au polar et ne suis pas dans la ligne classique du polar de toute façon, mais mes romans en ont tout de même les ingrédients, cuisinés à ma sauce.

Est-ce que je réponds à la question ? Projection ? Oui, j'en vois bien une, de projection : j'aime inventer des histoires, créer des personnages, et je veux que tout cela soit réaliste, crédible. Alors je prends des bouts de vraie vie, de vraies gens, je coupe, je taille, je greffe, je construis et je me projette dans mes personnages, j'entre en eux et je les laisse parler. Alors, oui, c'est un goût pour la création et la projection dans une autre vie. Mais je pense surtout avoir un besoin créatif : j'aime construire des histoires, des scénarios.

 Comment construit-on de la fiction ?

 On m'a plusieurs fois posé cette question, que je ne me posais pas. En y réfléchissant, je pense que j'écris de la fiction comme j'écris de la poésie : il y a un point de départ, un déclencheur comme tu dis : une émotion, une idée qui s'impose, un petit truc qui interpelle. Moi, je vois ça comme un germe (de plante, pas un germe pathologique !), qui ne demande qu'à pousser et autour duquel je construis. Ça prend du temps, mais c'est une étape que j'aime énormément : j'apporte des éléments, je les assemble, je construis un mécanisme, une intrigue, comme je construis un sonnet : des mots associés au "germe", qui riment, se répondent, puis j'assemble.

Je précise que pour chacun de mes romans j'avais construit entièrement la trame de l'intrigue et les personnages avant de me mettre à écrire le texte. Mais je connais des auteurs qui partent à l'aventure sans idée précise de ce qui va arriver... ils seraient peut-être aussi des adeptes du vers "libre", s'ils écrivaient de la poésie ? Moi, j'ai besoin de structure, dans mes romans comme dans ma poésie.

  Comment se conjugue pour toi l'addiction à l'écriture avec tes autres activités ?

 Certains parlent du travail de l'écrivain comme d'un travail solitaire. Ce n'est pas ma façon d'écrire : je me renseigne, je vais parler à des gens à qui je n'aurais jamais adressé la parole, j'écoute, je note, je questionne : c'est pour moi un épanouissement (ouais, genre, je kiffe grave l'écriture…). En plus j'ai des retours positifs, ça m'encourage. Mais j'écris quand j'ai du temps et, comme j'ai un boulot, une famille, que j'aime les activités de plein air... j'écris quand je peux. Et je crois que c'est bien comme ça. Bon, parfois je me dis "qu'on me donne deux semaines tranquilles et j'écris toute l'histoire", mais est-ce que je serais heureux de ne faire que ça ? je ne le crois pas. Ecrire m'équilibre, mais j'ai besoin des autres pans de ma vie pour me sentir bien.

  Michel Boisson (E86)

 

Bibliographie :

 Sous le nom de Michel Boisson :

 Dérives sur la côte landaise, 2022, « Le geste noir »

Mort et vif sur la côte basque, 2021, « Le geste noir »

Sous le pseudonyme Michel Brome-Tonne :

 Sang dessus dessous, 2020, nouvelle du recueil collectif Sang pour cent dans le noir, Éditions Cairn, collection « Du Noir au Sud »

L’envol de la chauve-souris albinos, 2019, Éditions Cairn, collection « Du Noir au Sud »
Quand passent les chocards, 2017, Éditions Cairn, collection « Du Noir au Sud »
Crise de la quarantaine ou l’agenda de Marion, 2016, roman, autoédition

Poèmes sous attraction terrestre / Poems under spellbound gravity, 2016, bilingue, Éditions TakeYourChance, épuisé.