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13 juin 2019

Intermines
Carrières : La vie compliquée des entrepreneuses dans les métiers d'hommes

Si l'entrepreneuriat féminin progresse, quelques secteurs d'activité restent dominés par les hommes. Des femmes ont pourtant décidé de se lancer dans le BTP, l'industrie ou la logistique. Elles racontent. dossier réalisé avec les étudiants en journalisme de l'IPJ-Dauphine

Les trois premières années après avoir créé son entreprise, Sally Bennacer se rendait toujours sur les chantiers avec un collaborateur masculin… pour s'assurer d'être « prise au sérieux ». Pas facile pour une femme de se lancer dans le secteur de la construction ! Ce domaine d'activité est celui qui compte le moins de créations d'entreprises féminines, soit seulement 2,4 % des entreprises individuelles créées en 2018, selon l'Insee. Les transports et l'entreposage occupent la deuxième place du podium (6,2 %), suivis par l'information et la communication (22,9 %).

Sally Bennacer s'est lancée il y a dix-neuf ans. Employée dans une entreprise de BTP pour un job d'été alors qu'elle était étudiante, elle est rapidement passée à temps plein au sein de cette entreprise. Elle y restera huit ans. En 2000, elle décide de monter sa propre structure, Art and Blind, spécialisée dans les stores, volets et placards. « Malgré les difficultés que représente le lancement d'une entreprise, on ne m'a jamais fait comprendre qu'être une femme entrepreneuse était un problème. Etre une femme dans le bâtiment, oui », concède la cheffe d'entreprise. Lauréate du prix Talent des cités en 2002, l'entrepreneuse a depuis acquis visibilité et reconnaissance. En 2018, elle fonde une nouvelle marque, La Maison de la Cloison, avec son propre atelier de fabrication. Sally Bennacer affirme ne plus souffrir de sa position de femme. Elle ajoute néanmoins : « On me prend encore régulièrement pour la commerciale de l'entreprise. Je ne précise pas que je suis la patronne si cela n'apporte rien à la vente. »

Les clichés persistent

« Tu n'y connais rien. » Cette phrase, Sophie-Hermine Incagnoli l'a maintes fois entendue de la bouche de ses interlocuteurs masculins lorsqu'elle a lancé sa marque d'ameublement Rêves de Libellule, en 2017. « Quand je me rendais sur les Salons de meubles et d'outillage avec mon mari, on s'adressait toujours à lui, en partant du principe qu'il était le chef d'entreprise. » Confrontée uniquement à des hommes, l'entrepreneuse a rencontré plus de dix fabricants avant de trouver celui qui a cru en elle. « Les fabricants que j'ai rencontrés partaient du principe que mon projet n'était qu'une lubie, employaient un ton paternaliste en présupposant que, de toute façon, ils avaient de meilleures idées que moi. L'un d'entre eux ne pouvait pas s'empêcher de me comparer à sa femme, qui avait lancé une entreprise d'ameublement qui n'avait pas fonctionné. »

Ces mauvaises expériences ont conforté l'entrepreneuse dans sa conviction qu'une femme cheffe d'entreprise doit d'autant plus garder le cap, redoubler de motivation et surtout oser. « Le problème, dans notre société patriarcale, c'est que ce n'est jamais le bon moment pour une femme d'entreprendre, surtout si elle a des enfants. L'implication des hommes au niveau familial est cruciale pour que les femmes puissent entreprendre, d'autant plus dans des secteurs encore trop peu féminisés », ajoute Sophie-Hermine Incagnoli.

Vers moins de sexisme ?

Chez Pandobac, jeune entreprise de logistique qui propose un service de bacs réutilisables aux grossistes du marché de Rungis et aux restaurateurs, être une femme n'est pas un obstacle pour la cofondatrice Anaïs Ryterband. Elle concède en revanche que « l'ambiance Rungis est très masculine. On n'échappe pas à quelques blagues un peu machos, mais c'est surtout notre air jeune et notre profil ESCP et Centrale, pas très Rungis, qui ont fait l'objet de réflexions. Etre incubés sur place [chez Rungis & Co, NDLR] et avoir démontré que nous avions étudié le secteur a permis de dépasser ces a priori », explique Anaïs Ryterband.

Elle aussi affirme n'avoir jamais rencontré de difficultés liées à son sexe. Bénédicte Jézéquel est la cofondatrice de Silvadec, une entreprise de fabrication de bois composite de 100 employés. Elle affirme toutefois avoir « conscience que des femmes avant [elle] se sont battues pour obtenir une reconnaissance. Je n'aurais sûrement pas aussi bien vécu ma position de femme cheffe d'entreprise dans l'industrie sans leur combat quelques années auparavant. » Aussi, la cheffe d'entreprise porte une attention particulière aux questions de parité dans son entreprise : « Je veille personnellement à ce qu'il n'y ait pas un centime de différence entre les rémunérations de mes employés hommes et femmes », précise Bénédicte Jézéquel.

 

Elodie Vilfrite 


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